Un First au patrimoine mondial de l’UNESCO

Sous titre (tout aussi racoleur) : « Un First sur les chemins de Compostelle »

(les photos de cette page ne sont pas libres de droit, merci de vous renseigner avant toute utilisation)

Vous l’avez rêvé, nous l’avons fait pour vous. Soyons francs, on l’a plus fait pour nous que pour vous, mais comme on est sympa, on partage!

Rien d’extraordinaire dans ce périple si ce n’est le Mont St Michel lui-même. Beaucoup l’ont déjà fait. En cherchant sur le web vous trouverez d’autres articles à propos de voiliers ayant été mouillés au pied du Mont St Michel. D’autres vont y naviguer le temps d’une marée. Nous nous voulions y passer la nuit, à vrai dire même deux.

Nous voulions voir le Mont s’éclairer le soir, écouter les cloches de l’abbaye au petit matin, entendre les sabots du cheval au galop quand la mer monte, et même si possible le voir, et enfin savoir si nous pouvions déclarer que les derniers travaux modifiant le cours du Couesnon avaient mis le Mont St Michel en Bretagne…

Certains diront  « il suffisait de prendre une chambre dans un hôtel du Mont St Michel ». Certes ! Tout d’abord nous étions deux, comme nous aimons notre confort (on navigue quand même en First 210!) il eut fallu prendre deux chambres, et surtout, je ne vois pas en quoi l’article aurait été « Aspro First compatible », pour être clair, il n’aurait pas eu sa place ici et vous n’auriez donc pas l’opportunité de le lire.

Cette idée d’une halte au Mont nous est venue alors que nous venions de redescendre par étape la côte normande de Cherbourg à Granville et devions continuer plus à l’ouest via Chausey, St Malo…

Pour s’y rendre il est tout d’abord impératif que le coefficient de marée soit égal ou supérieur à 90. Ce qui était le cas à 20h ce jour là. Nous étions le 16 juin 2015.

Nous avons étudié notre route avec soins, en particulier identifié les endroits de passage optimal aux abords du Mont et surtout le point exact où nous allions poser, plus précisément enfoncer, notre quille. Celui-ci se situera à l’est du Mont, exactement 48°38′ 118 N, 1° 30′ 454 W.

Nous quittons le port de Granville à 18h30 avec un vent de nord force 3, donc plein vent arrière.

On est fortement roulé, on tangonne le foc, pas très envie de sortir le spi sachant qu’il va rapidement falloir naviguer avec très peu d’eau sous la quille et, sans citer la marque de notre lock/sondeur, avec des indications de profondeur complètement lunatiques. Et oui, notre appareil déteste les eaux chargées de sable, avec lui on comprend très rapidement ce que naviguer en eau trouble veut dire. Aux fréquents « zéro » viennent s’ajouter des indications qui rapidement vous font penser au tirage du loto, et ça bien sûr au moment où on en a le plus besoin.

Malgré une vitesse de 6 noeuds, le gps nous indique que le point ne sera pas atteint avant 20h, heure de pleine mer au Mont. Bizarrement plus on avance dans la baie et plus la mer est formée, on est même contraint de rouler le foc avec une certaine inquiétude quand même, vu le peu de profondeur et les creux on s’attend à tout moment à toucher le fond.

On suit la route prévue en pointant vers le Mont. On est partagé entre inquiétude et étonnement, l’impression d’être face à un poster géant dans lequel on va rentrer. Il faut vraiment attendre le dernier mile pour que la mer se calme enfin.

routeMont

Mont 1Comme prévu par notre route, à 0,5 mile du Mont on bifurque vers l’est en suivant une ligne de fond un peu plus favorable que nous avions repérée sur la carte, sans doute creusée par un bras du Couesnon qui passe à l’est. On affale. Moteur débrayé on est à 3 noeuds. On se laisse dériver vers l’est puis on se dirige au moteur plus au sud vers notre point GPS. On jette l’ancre dans 1,5 mètre de fond, on visse les béquilles en urgence il est 20h50 la mer descend déjà. Un phoque prend son diner dans le courant près de nous. Il sera là à chaque marée haute et se laissera emporter au large à la descendante. A 22h15 nous sommes à sec. Le spectacle est majestueux, le Mont s’illumine. Et oui, nous sommes entrés dans le poster!

Mont 2

Le lendemain matin une fois la mer retirée on se rendra compte que notre point était vraiment optimal, nous l’avions choisi après quelques recherches sur le web. Nous sommes dans une vase mi-dure, comme le montre les photos, notre quille s’enfonce, nous pourrions quasiment assécher sans béquille.

Mont 3

Nous sommes surtout hors du ruisseau qui coule et nous contourne en passant plus à l’est. Nous nous apercevrons plus tard que ce bras du Couesnon, coulant paisiblement à marée basse (photo ci-dessous), devient un vrai torrent durant environ 1 heure à marée montante.

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Le phénomène débute par un mascaret qui remonte la rivière au moment précis où le niveau de la mer montante dépasse celui de celle-ci. Il marque l’inversion du courant. A partir de là le courant de la mer remontant le Couesnon va croître pendant environ 1 heure jusqu’à former un vrai torrent en furie accompagné d’un grondement qui viendra saper les abords  de la côte plus au sud en faisant s’écrouler des masses impressionnantes de vase. Ce phénomène prend fin lorsque toute la zone à l’est du Mont est envahie par la mer. Autant préciser que si par mégarde nous avions mouillé dans le lit de la rivière la gazette du Mont (ou celle de la mère Poulard) aurait titré dès le lendemain : « Un First 210 remonte le Couesnon et vient s’écraser contre le nouveau barrage. » On est bien assuré à l’ASPRO FIRST, mais quand même!

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En ce qui concerne le bateau, il sera quand même quelque peu secoué au moment de la montante. Le courant latéral le fera fortement giter en enfonçant un peu plus une des béquilles dans la vase. Mauvais moment à passer en se mettant à la contre-gite, tout rentre dans l’ordre quand le bateau se libère de la vase qui enserre sa quille. Phénomène qu’il vaut mieux ne pas avoir à supporter en pleine nuit.

OLYMPUS DIGITAL CAMERANous sommes mouillés dans l’alignement du clocher de la Merveille et de la tourelle de garde (tourelle sans surélévation et légèrement rectangulaire), dans le 270,  à environ 200, 300 mètres des remparts.

Surtout ne pas oublier de prendre un seau d’eau avant que la mer se retire. A moins de se faire déposer par l’hélicoptère qui fait sa ronde de sécurité à marée montante les pieds seront bien vaseux au retour de la journée touristique.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPas de problème pour traverser les 250m qui nous sépare de la terre ferme, il suffit de choisir les meilleurs endroits de passage pour ne pas trop s’enfoncer dans la vase. Aucun risque donc, pieds nus, enfoncement pas plus de mi-mollet. Surtout pas en bottes. Pourquoi ? Simplement pour ne pas avoir l’air ridicule parmi les touristes. Pour info il y a un robinet à gauche en rentrant dans l’unique avenue du Mont (le guide du Routard n’a qu’à bien se tenir!).

OLYMPUS DIGITAL CAMERANous quitterons le Mont St Michel le 18 juin au matin après avoir attendu que le courant de la montante se soit calmé, le vent dans le nez, à tirer des bords jusqu’à Chausey dans une mer encore plus mauvaise qu’à notre arrivée.

Si vous voulez vous y rendre il n’y a pas vraiment de danger, le choix du point de mouillage est l’élément le plus important, nous vous en donnons un dans cet article.

En conclusion, pas de cheval au galop quand la mer monte, par contre un phoque quand elle descend. Le Mont St Michel s’est-il enfin déplacé en Bretagne? A voir ce qui coule à l’est du Mont ça se discute, pour ne pas froisser nos amis normands on va en rester là.

Pour terminer, si vous aimez que votre bateau soit pris en photo, c’est « the place to be ». Nombreuses sont les personnes de tout horizon qui l’ont emporté dans la mémoire de leur smartphone. C’est sûr qu’avec 20 000 visiteurs par jour en pleine saison le risque est grand. Et oui, APACH, un First 210 qui désormais voyage autour du monde.

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